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Journée de la femme 8 mars 2019 – Marie Madeleine Dioubaté: Pour relever les défis du futur, l’Afrique doit s’appuyer sur les femmes

A l’occasion de la 42 ème journée des droits de la femme, je souhaite mettre l’accent cette année sur le rôle majeur des femmes africaines sur les plans socio-économiques et politiques de leurs pays respectifs. Ces rôles sont bien souvent occultés mais ils sont bel et bien réels.

Ainsi, il y a plus de sept siècles, au 13ème siècle, dans l’actuel Mali, le roi Mandingue Soundiata Keita a élaboré la Charte de Kurukan-Fouga, et rendu hommage aux femmes pour les remercier d’avoir participé à la guerre.

La charte de Kurukan-Fouga fait de la femme un être sacré, le roi mandingue Soundiata Keita disait : “N’offensez jamais les femmes, ce sont nos mères”En cette journée internationale de la femme, je souhaite porter un regard sur notre société actuelle et  évoquer les nombreux obstacles rencontrés,  par un grand nombre de nos filles, de nos sœurs, de nos mamans. Ainsi en dépit de certains progrès, l’égalité entre les hommes et les femmes dans notre pays reste hors de portée pour un grand nombre d’entre elles et force est de constater que nous avons encore un long chemin à parcourir pour parvenir à l’égalité.

Pourtant dans notre pays, la femme accomplit de nombreuses tâches :

 Comme veiller à la santé et au bien- être de la famille et de la communauté, assurer les tâches ménagères, s’impliquer dans les activités agricoles et non agricoles génératrices de revenus.

En ville comme dans les campagnes, c’est aux femmes ou même aux très jeunes filles qu’incombe la lourde responsabilité d’approvisionner en eau toute la famille, d’amasser le bois nécessaire à la cuisson des repas.

Les femmes sont également les premières à se lever le matin pour subvenir aux besoins de leurs enfants (nourriture, scolarisation le plus souvent, etc). Elles jouent donc un rôle essentiel au sein de la famille. Pourtant, elles sont encore très peu considérées, elles n’ont pas souvent le pouvoir de s’exprimer dans le foyer ni de donner leur avis pour l’éducation des enfants et elles sont bien souvent cantonnées dans un rôle de procréation et de domestique corvéable à souhait.

Les résistances persistent. Les préjugés et obstacles sociaux entravent les avancées et l’épanouissement des femmes.

Ainsi les femmes n’ont pas un accès suffisant à l’éducation et aux soins de santé. Elles sont victimes de violence, et cette violence revêt plusieurs formes.

Ainsi, la violence contre les femmes ne se limite pas aux coups et blessures. Elle comprend :

  • les mariages forcés, notamment des petites filles. Il y a d’ailleurs urgence à légiférer pour mettre l’âge légal du mariage à 18 ans pour les filles et les garçons.
  • La violence liées à la dot, le viol conjugal, le harcèlement sexuel, l’intimidation sur le lieu de travail et dans les établissements d’enseignement, les grossesses précoces, avortements et la prostitution forcée,
  • Il y a aussi la pratique des « rapports sexuels de survie », c’est-à- dire que des jeunes filles couchent avec des hommes beaucoup plus âgés pour avoir les moyens d’aller à l’école ou de subvenir aux besoins de leurs parents.
  • L’excision, encore appelée mutilation génitale féminine (MGF), c’est une pratique qui est source de traumatismes, de blessures et de décès. D’après l’OMS, elles peuvent entraîner « des saignements et infections, l’incontinence urinaire, des accouchements difficiles. La Guinée fait partie des pays qui pratiquent le plus au monde l’excision.

La Guinée arrive en deuxième position juste après la Somalie avec un taux de prévalence de 96 %.

  • ici encore la justice devrait faire appliquer la loi du 19 août 2008 interdisant et punissant les mutilations génitales féminines.
  • Pour appliquer cette loi, les autorités devront accentuer les campagnes d’information et de sensibilisation dans tout le pays, les écoles, les centres de santé etc. Trouver un nouveau rôle social et des revenus pour les femmes exciseuses.
  • A l’instar du Burkina, nous devrons également inscrire la question de l’excision au programme d’études des écoles et mettre en place une ligne téléphonique d’urgence pour aider les filles en danger.
  • Un changement de mentalités de notre société, notamment des mamans et grand-mères est nécessaires : trop de morts et de problèmes de santé suite aux excisions traumatisantes.

En ce qui concerne la Justice,

Il ne suffit pas d’adopter de nouvelles lois.

  • Aussi faut-il que les mécanismes d’application et les recours en justice soient accessibles et adaptés.

Ainsi, par exemple, les policiers, en charge de recueillir les plaintes des femmes victimes de violences conjugales ne sont pas suffisamment formés.

Il semble que la police ne s’intéresse pas aux affaires de violence familiale, « à moins qu’une femme ne montre des traces des violences physiques qu’elle a subies, la police et les forces de l’ordre refusent souvent de la croire et de l’aider, et même d’enregistrer la plainte de la victime ».

  • Il faut noter que, les familles sont parfois complices, elles justifient ou excusent la violence faite aux femmes en l’approuvant implicitement.
  • De plus, les parents ne devraient pas accepter que leur fille soit battue par leur mari. Quelque soit la gravité du problème. Si le couple n’arrive pas à s’entendre il est alors préférable de se séparer.
  • Enfin, les femmes victimes de violence, sont pour la plupart démunies, elles ont dans leur grande majorité besoin de l’assistance d’avocats gratuits pour assurer leur défense.
  • Les députés doivent œuvrer à renforcer la loi qui régit la violence faite aux femmes, et réprimander sévèrement les hommes qui battent et humilient leurs femmes en déchirant par exemple leur vêtement, en proférants des injures graves et publiques.
  • La loi doit être appliquée avec la plus grande fermeté, et les sanctions doivent être sévères avec des peines d’emprisonnement et un suivi psychologique pour les hommes violents, ce qui suppose d’avoir des structures adaptées avec des psychologues pour recevoir ces hommes violents.

Pour conclure sur les aspects juridiques , il faut une véritable volonté politique pour qu’enfin la justice s’oriente vers une meilleure protection des filles et des femmes, notamment dans le domaine des droits et de l’égalité, ce qui me conduit à faire la réflexion suivante sur L’Education des femmes :

  • Beaucoup de filles n’ont toujours pas accès à l’enseignement secondaire ou supérieur, il devient impératif que nous réduisions l’écart entre les genres.
  • Les mères de famille doivent encourager leurs filles à étudier et à avoir un emploi pour être financièrement indépendante.
  • Lors du lancement d’ONU-Femmes en 2010, le Secrétaire Général de l’ONU a relevé que “lorsque les femmes sont instruites et autonomes, l’économie est plus productive et solide, et leur pleine représentation est une garantie de paix et de stabilité sociale.”
  • L’autonomisation des femmes alimente une économie florissante, stimule la productivité et la croissance.
  • Enfin, j’ajouterai : que lorsqu’une mère est éduquée il y a de fortes chances que ses enfants fassent des études supérieures.
  • Nous avons encore de grands progrès à faire en matière d’égalité des genres, la Guinée a régressé. Pour ce qui est de la représentation femmes en politique ou dans les grandes entreprises, quelques progrès ont été fait, mais il y a encore beaucoup à faire.

La Représentation politique des femmes

Alors qu’une partie de la jeunesse africaine se mobilise pour se débarrasser de pouvoirs autocratiques, qu’elle se bat contre la marginalisation sociale et la mauvaise gestion économique, les Femmes africaines revendiquent également leur droit à une plus grande participation aux affaires de leur pays, de leur  continent.

Il est impératif que les femmes soient équitablement représentées en politique, et qu’elles aient plus accès aux opportunités économiques. Les femmes apporteront alors, leur expérience, leur courage, leur savoir et leurs compétences, qui sont différents de ceux des hommes mais qui sont complémentaires.

Ainsi, la Charte de Kouroukan fouga, élaborée il y a 700 ans était déjà très en avance sur son temps puisque l’article 16 de la charte stipule que” Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes doivent être associées à tous nos Gouvernements.”

Si les statistiques peuvent être flatteuses dans certains cas, peu de femmes en Guinée occupent des postes clés sur les scènes politiques et économiques. Les discriminations professionnelles et salariales sont le quotidien de nombreuses femmes, pourtant l’accélération de l’avancement des femmes est évidemment capitale pour elles-mêmes mais aussi pour la modernisation de notre jeune nation.

La Guinée pourrait s’inspirer des pays comme le Nigéria, où des femmes ont occupé des postes ministériels importants, comme la défense et les finances. En élisant Ellen Johnson-Sirleaf, le Libéria est devenu le premier pays africain à élire une femme au poste de chef d’État, l’Ethiopie vient de lui emboîter le pas.

Pour relever les défis du futur, l’Afrique doit s’appuyer sur les femmes.

Mes chères sœurs, mes filles, mes mamans,

Je vous rends un hommage appuyé aujourd’hui en ce jour spécial de la journée internationale de la femme,

Parce que la Guinée, représente le visage des femmes dans leur diversité,

Parce que les femmes guinéennes ne devraient plus être soumises à la pauvreté  et aux violences,

Parce que les femmes africaines sont également la plus grande chance du continent, pour sa croissance, sa santé et sa stabilité.

Parce que, nous les femmes devons être solidaire entre nous,

Parce que nous devons prendre notre destin et celui de nos enfants en main,

Et enfin

Parce que “Vous êtes des étoiles dans le ciel et le monde vous regarde. Par votre présence, vous envoyez un message à chaque village, chaque ville et chaque pays. Un message d’espoir. Un message de victoire” (Eunice Kennedy Shriver-1987-)

Marie Madeleine Dioubaté
Le 6 Mars 2019

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